Il n'est pas évident pour moi de donner un avis éclairé sur ce qui se déroule en ce moment dans les universités françaises. Premièrement, je ne suis pas étudiant cette année. Deuxièmement, je ne
me déplace pas dans les différentes régions pour constater l'homogénéité ou une quelconque hétérogénéité du mouvement social étudiant actuel. Il est clair que si l'on prend la définition du
mouvement social, on s'accorde à penser qu'actuellement les étudiants en ont crée un. Même s'ils sont minoritaires, l'important est qu'ils se manifestent autour de revendications précises.
Que doit-on penser ? Est-ce que les étudiants qui manifestent sont encouragé par une force collective idéaliste et réformatrice ? Ont-ils fait de
nouvelles propositions visant à modifier la loi L.R.U. ?
Ce qui est encourageant dans ce phénomène c'est la conviction commune qu'il faut réformer l'Université française. Comment ? C'est un autre problème.
Selon Valérie Pécresse, l'actuelle ministre de l'Enseignement Supérieur, il faut réformer en amont le système de gouvernance de celles-ci afin de les rendre plus indépendante. Ainsi, elle veut
donner des moyens aux Universités de créer de nouvelles sources de financement. Elle veut alléger l'administration universitaire en créant de nouveaux postes comme le contrôle de gestion et les
ressources humaines afin de gérer au mieux le nouveau mécanisme.
Que penser ? Les étudiants qui manifestent ont peur de voir les tarifs d'inscription augmenter. Ils craignent que les droits des étudiants soient
tranchés. Valérie Pécresse réponds que ni l'un ni l'autre n'arrivera car ce n'est pas ce qui a été négocié avec les partenaires sociaux, en l'occurrence les syndicats étudiants au
CNESER.
Cette décentralisation de la gouvernance universitaire suppose pour certains que les Universités seront en concurrence et inégales.
L'idée de Valérie Pécresse serait d'amener 50% d'une génération à la Licence. Le risque est d'abaisser le niveau qu'exige actuellement la Licence.
Cultiver les jeunes, oui mais à quel prix ? On sait qu'aujourd'hui les études universitaires ont permis à beaucoup de jeunes de se sortir de leur milieu social d'origine. Et tant mieux, qui
refuserait ? Mais encore faut-il prendre en compte le fait que trop de diplômes tuent le diplôme. Je ne veux pas dire en cela qu'il faut que des bacheliers aillent travailler dès l'obtention de
leur bac. Je pense qu'il faut créer une session obligatoire d'aide à l'orientation durant l'année de terminale. Avant même de faire son choix d'études supérieurs. Il faut revaloriser les métiers
manuels (plombier, couvreur-zingueur, agent technique). Pourquoi ne pas inciter des femmes à s'orienter plus souvent dans ces branches ? Elles ont le droit d'être manuelle aussi après tout.
L'Université doit améliorer son service de formation continue, l'élargir et le rendre plus accessible. Ainsi par exemple, un plombier pourra venir apprendre la gestion afin de pouvoir mieux
gérer son entreprise.
Étant donné la situation, la loi L.R.U a de grandes chances d'être maintenue. Ce que je j'espère c'est que tous les syndicats étudiants émettent des
propositions claires sur la réforme de l'Université. S'ils pensent que l'avenir de tous les étudiants dépend de cette loi, c'est le plus grand souhait que je puisse faire. Mais je pense
que le marché de l'emploi doit aussi se poser des questions de son côté. L'Université fait des efforts, mais eux aussi doivent en faire, pour ainsi reconnaître que le diplôme ne fait
pas l'individu, ni l'inverse. Je vois le diplôme comme un outil pour aider son projet professionnel, que celui suppose réglementation (médecine, psychologie,
recherche, CAPES, etc.) ou pas. Ce qu'il faut voir c'est qu'il est indispensable d'orienter les jeunes et de les aider à parvenir jusqu'au bout de la Licence et
non pas de les mettre en concurrence entre eux. Leur mettre des bâtons ne fait que repousser l'idée d'instruire avec des valeurs humaines et intelligente le peuple.
Quand je dis que les entreprises, tous secteurs confondus, doivent faire des efforts au niveau du recrutement c'est parce que je pense
qu'il vaut mieux travailler avec des gens motivés et à qui ont permet de s'instruire culturellement, que d'embaucher des cadres qui ne connaissent que des outils propre au
monde du travail tertiaire, secondaire ou primaire. Les entreprises peuvent former en interne les nouvelles recrues, cela peut même faciliter l'intégration de l'individu dans la firme.
Beaucoup d'entre elles le font déjà mais exigent au préalable des diplômes trop importants ou trop ciblés (HEC, école de journalisme, EDHEC, etc.). C'est cet élitisme qui bloque la France. Je
finirai ma chronique en disant: "Donnons les ambitions et la créativité à notre génération Y, n'attendons pas que ce soit à la génération Z de le faire."
Arnaud Evrard
http://alter-culture.blogspot.com
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